Une histoire de la maroquinerie

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Quand M. Paul Sales, maroquinier à Millau dans l’Aveyron, évoque les lointaines origines de son affaire, il flotte dans l’air comme un parfum d’histoire qui remonte à 1850. Un parfum de… tannerie-corroierie en l’occurrence. Il est en effet, à 81 ans, «le descendant de la grande famille du cuir de Millau », comme il se définit lui-même. Ses ancêtres exploitaient une corroierie au bord du Tarn. Mais en 1874, une énorme crue de la rivière dévaste les ateliers et décourage dans le même temps les frères Sales qui abandonnent ce métier. Sans pour autant fuir le cuir. Ils créent ainsi une entreprise de cuir et crépins dans leur magasin en centre-ville route de Paris, et y  installent en parallèle un atelier de fabrication de tiges de chaussure en cuir de vachette et autres composants destinés aux cordonniers et bottiers fort nombreux dans tout le département de l’Aveyron et les départements limitrophes. Cette activité florissante se poursuit jusqu’à la fin de la Grande Guerre quand la grosse industrie de la chaussure fait son apparition. La concurrence est rude, insupportable. Il faut changer de métier à nouveau… Léontine et Eugène Sales, les grands-parents de  Paul Sales alors aux affaires, ouvrent au rez-de-chaussée de leur maison au 13 de l’avenue Jean-Jaurès le premier magasin de maroquinerie où est localisé encore aujourd’hui l’établissement principal de l’entreprise. Nous sommes en 1925. Le local fait 55m² avec une jolie devanture en bois. Leur fils, André Sales – le père de Paul Sales -, entre dans l’entreprise en 1934. Il commence à fabriquer de la petite maroquinerie en cuir repoussé, très prisé dans l’entre-deux-guerres, sur la base de maquettes dessinées par un ancien élève des Beaux-Arts.

Fabricant de sacs et de gants

Puis survient le second conflit mondial. André Sales est mobilisé à Montpellier. Apprenant que sa famille travaille le cuir, l’intendant militaire le démobilise et lui demande de fabriquer des fournitures pour l’armée : ceinturons ; brodequins, chapes en peau lainée, etc. En 1940, une partie des juifs de France passent en zone libre, notamment dans la région de Millau. André Sales en embauche certains, des professionnels du cuir, et forme des apprentis qui fabriqueront des sacs féminins. Devant la pénurie de matières premières, les sacs sont réalisés en lapin, en rabane, etc. Las, en août 192 une rafle met fin à cette coopération. Prévenus par André Sales, certains ouvriers juifs parviennent à s’enfuir, d’autres sont pris et envoyés au camp de Rivesaltes. On imagine la suite. Après cet épisode tragique, l’entreprise continue de fabriquer des sacs et, à partir de 1947, se met à produire des gants de peau (nous sommes à Millau). Au plus fort de l’activité, elle fabriquait cent douzaines de gants chaque mois vendus aux détaillants français et à l’international. La fabrication de gants se poursuivra jusqu’en 1989. Entre-temps, en 1950, Paul Sales entre dans l’entreprise familiale à l’âge de 19 ans. Il n’était pas prévu qu’il travaillât dans le cuir, mais la mort de son frère aîné suite à une leucémie foudroyante précipite sa vocation, si l’on peut dire. Il ne quittera jamais l’entreprise.

« La Maison du Cuir – André Sales », un magasin exceptionnel

Paul Sales apprendra toutes les ficelles de la maroquinerie sur le tas.  81 ans, co-directeur de la « Maison du Cuir – André Sales » avec son fils Christophe, 35 ans, représentant la 5e génération, il manifeste toujours autant d’enthousiasme et d’envie de maintenir cette activité, le magasin et l’atelier. Car l’entreprise continue de produire, en l’espèce des vêtements en peau (agneau, cerf, porc velours) depuis 1984, uniquement à son propre usage. La maroquinerie « La Maison du Cuir – André Sales », sise en centre-ville de Millau, est un lieu assez exceptionnel. Par son antériorité, on l’a dit, mais aussi par sa taille. La maroquinerie se développe sur une surface totale de… 550 m², englobant le rez-de-chaussée (400 m²),  la bagagerie au sous-sol (55m²) et la galerie de 100 m² environ, flanquée de vitrines, au centre d’une devanture de 17 mètres sur l’avenue et qui s’enfonce dans le magasin. On imagine la surface de l’avenue et qui s’enfonce dans le magasin. On imagine la surface de vitrines.. 550 m² donc, sans compter l’atelier de 150 m² et les réserves de même surface ! Paul et Christophe Sales sont à la tête d’une belle affaire composée de ce temple du cuir mais également de deux autres magasins situés à une centaine de mètres, place du Mandarous : « André Sales bis », une maroquinerie de 100m² dotée d’un sous-sol, propose un choix complémentaire (marques Morgan, Diesel, DDP, Pourchet, Camel Active,… ) et « L’Allée du Cuir », spécialisé dans la vente de vêtements en peau lainée et de prêt-à-porter féminin. Le magasin principal, le fameux « La Maison du Cuir – André Sales « , présente tout l’ordinaire d’une maroquinerie mais à grande échelle, du gant au bagage en passant par le parapluie, le sac à main, la petite maroquinerie, etc. Ses marques : Texier, Patrick Blanc, Paquetage, Jean-Louis Fourès, Georges Rech, Gil Holsters, Frandi, Desigual, Samsonite, Sequoia, Delsey, Eastpak, …

Les vitrines ont de l’allure. Elles reflètent toute l’offre du magasin, y compris le vêtement de peau qui leur donne un look « grands magasins », d’autant que l’assemblage des produits respecte l’harmonie des couleurs. Ce magasin remarquable travaille dans un contexte en définitive peu favorable. Millau est une petite ville perdue au milieu de Causses désertiques, « peuplée », nous dit Paul Sales avec humour, de 23 000 habitants et 500 000 moutons alentour »… Et de se souvenir avec nostalgie du temps béni où le cuir à Millau occupait 6 000 personnes à travers les activités de tannerie, mégisserie et ganterie. La maroquinerie de Paul et Christophe Sales doit aussi compter avec la concurrence d’Internet. Mais elle conserve aussi des atouts : le tourisme dans la région et une notoriété sans égale.

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